
J'ai peur d'être seul.e
Dans mon cabinet, il y a une phrase qui revient très souvent, murmurée à demi-mot : « J’ai peur d’être seul·e. ».
Aussi paradoxal que cela puisse paraître à une époque où nous sommes constamment connectés et sollicités, le sentiment de solitude n'a jamais été aussi présent.
Souvent, dès que la solitude pointe le bout de son nez, notre premier réflexe est de la fuir. On cherche immédiatement à combler le creux : une série en fond sonore, un projet de plus, du ménage, le téléphone attrapé par réflexe. Parce que le silence fait peur. Il laisse remonter des sensations inconfortables, une inquiétude diffuse ou une fatigue accumulée.
En Gestalt, nous regardons cette peur sous un angle très particulier. La solitude douloureuse n'est pas simplement l'absence des autres. C'est bien souvent le signe d'une rupture de contact avec soi-même. Quand on redoute d'être seul.e, on ne craint pas tant la pièce vide que ce qui risque d'émerger en nous quand le bruit s'arrête. On craint de rencontrer ses propres émotions, ses besoins négligés ou ses fragilités. Pourtant, ce « vide » que l'on cherche à fuir à tout prix n'est pas un gouffre. C'est un espace de résonance. Habiter sa solitude, ce n'est pas s'isoler du monde. C'est apprendre à devenir une compagnie sécurisante pour soi-même. C'est poser une main sur son torse, sentir ses pieds sur le sol et se demander avec curiosité : « Comment je me sens, là, tout de suite ? ».
C'est uniquement lorsqu'on apprivoise sa propre présence que l'on peut ensuite aller vers l'autre par désir, et non par peur. Si cette peur vous traverse parfois, sachez qu'elle est profondément humain. Elle vous invite simplement à revenir à la maison, en vous.